1. Pourquoi une nouvelle convention collective métallurgie : contexte de la réforme
La fragmentation conventionnelle constituait un frein majeur à la compétitivité de la branche. Avant 2024, les entreprises de la métallurgie devaient naviguer entre 76 conventions collectives territoriales pour les non-cadres, une CCN spécifique pour les ingénieurs et cadres (13 mars 1972), celle de la sidérurgie, sans compter les multiples avenants et accords autonomes complémentaires.
Le secteur rassemble des activités très diverses : fabrication et transformation de métaux, fonderie, chaudronnerie, construction aéronautique, armement, équipements industriels, mécanique de précision. Cette hétérogénéité rendait difficile toute harmonisation des pratiques salariales et de classification.
L'objectif affiché par l'UIMM et les organisations syndicales (CFDT, FO, CFE-CGC) vise à simplifier le paysage conventionnel, améliorer l'attractivité de la branche face aux tensions de recrutement et garantir l'équité salariale entre territoires. Le texte final résulte de 5 années de négociations paritaires.
La convention a été signée le 7 février 2022, étendue par arrêté ministériel le 14 décembre 2022 (JO du 22 décembre), et plusieurs avenants modificatifs ont suivi : 11 juillet 2023 (grille salariale), 3 novembre 2023, 10 juin 2024, 20 février 2026.
Sources de cette section (3)
- 76 conventions territoriales remplacées par un texte unique au 1er janvier 2024 — Legifrance - Arrêté du 14 décembre 2022
- 1,5 million de salariés et 42 000 entreprises concernées — UIMM / Code du travail numérique
- Signature de la CCN le 7 février 2022 après 5 ans de négociations — Convention collective nationale de la métallurgie
2. Calendrier d'entrée en vigueur 2024-2025-2026
L'application de la CCN IDCC 3248 suit un calendrier progressif pour permettre aux entreprises de s'adapter.
1er janvier 2023 : entrée en vigueur anticipée des dispositions relatives à la protection sociale complémentaire (prévoyance et frais de santé). Les entreprises ont dû mettre en conformité leurs régimes de garanties collectives dès cette date.
1er janvier 2024 : entrée en vigueur complète de la CCN pour l'ensemble de ses dispositions (classification, salaires minima, temps de travail, contrat de travail, dialogue social). Aucune période transitoire n'a été prévue pour la classification : les employeurs devaient avoir achevé la cotation des emplois et notifié individuellement chaque salarié de son nouveau classement avant le 31 janvier 2024.
Bulletin de paie : le groupe (A à I) et la classe d'emploi (1 à 18) doivent figurer obligatoirement sur les bulletins depuis janvier 2024. L'UIMM a confirmé l'absence de tolérance sur ce point.
Mesures transitoires pour les PME : les entreprises de 150 salariés ou moins peuvent reporter l'application du barème unique national jusqu'au 1er janvier 2030, sous condition stricte : si l'application immédiate au 1er janvier 2024 entraîne une hausse de masse salariale annuelle supérieure à 5 % pour au minimum 25 % de l'effectif.
Avenants salariaux : la grille SMH (salaires minima hiérarchiques) fait l'objet de négociations annuelles. L'avenant du 11 juillet 2023 a fixé les montants applicables en 2024. En 2025, les négociations ont échoué (proposition UIMM de +0,9 % rejetée par les 5 syndicats), maintenant ainsi la grille 2024 pour l'année 2026.
Sources de cette section (3)
- Protection sociale obligatoire depuis le 1er janvier 2023 — Article 165.1 CCN métallurgie - Arrêté 14/12/2022
- Classification applicable sans transition le 1er janvier 2024, notification obligatoire avant le 31 janvier 2024 — UIMM - Communications réforme
- Report possible jusqu'au 1er janvier 2030 pour PME <150 salariés si hausse masse salariale >5% pour 25% effectif — Code du travail numérique - IDCC 3248
3. Classification métiers : nouvelle grille de cotation unique
La CCN IDCC 3248 instaure une classification révolutionnaire : elle évalue l'emploi occupé et non plus le salarié lui-même (diplôme, ancienneté historique).
Structure de la grille : 18 classes d'emploi réparties en 8 groupes (A, B, C, D, E pour les non-cadres ; F, G, H, I pour les cadres). Chaque emploi est coté selon 6 critères classants de poids égal :
- Complexité de l'activité : difficulté technique, diversité des tâches, solutions à mettre en œuvre
- Connaissances : savoirs théoriques et pratiques requis
- Autonomie : degré de supervision, prise de décision
- Contribution : impact de l'emploi sur les résultats de l'entreprise
- Encadrement et coopération : responsabilités hiérarchiques ou animation d'équipe projet
- Communication : interactions internes et externes, représentation de l'entreprise
Chaque critère reçoit un degré (score) ; la somme détermine la classe d'emploi. Un glossaire paritaire et un référentiel d'analyse accompagnent la méthode.
Procédure de classement obligatoire en 3 étapes :
- Établir une fiche descriptive d'emploi détaillant missions, activités, responsabilités, relations de travail et connaissances requises
- Coter l'emploi selon les 6 critères via la grille paritaire
- Notifier par écrit à chaque salarié son groupe et sa classe. Le salarié dispose d'un délai de 1 mois pour demander des explications ; l'employeur doit répondre sous 1 mois avec le détail des degrés retenus
Point de vigilance : deux salariés occupant le même emploi-repère reçoivent désormais la même cotation, indépendamment de leur diplôme ou expérience individuelle. Cette logique a suscité des incompréhensions, notamment chez certains cadres qui ont le sentiment d'une forme de « nivellement ».
Statut cadre : un salarié classé cadre au 31 décembre 2023 conserve les dispositions conventionnelles applicables aux cadres tant qu'il occupe le même emploi (article 68 CCN), même si son nouvel emploi relève des groupes D ou E.
Sources de cette section (3)
- 18 classes d'emploi réparties en 8 groupes (A à I), méthode de cotation par 6 critères de poids égal — Article 60 CCN métallurgie
- Classification sans transposition possible avec les anciens textes, aucune grille de correspondance — UIMM - Communiqué septembre 2023
- Notification écrite obligatoire, délai de contestation de 1 mois pour le salarié — Article 63.2.2 CCN métallurgie
4. Salaires minima conventionnels 2026 : grille SMH nationale
La convention fixe une grille unique nationale de salaires minima hiérarchiques (SMH) pour une durée hebdomadaire de 35 heures (base mensualisée de 151,66 heures). Ces montants constituent un plancher en dessous duquel aucun employeur ne peut descendre.
Barème 2026 (identique à 2024, échec des négociations 2025) :
- Groupe A : de 21 700 € (classe A1) à 23 800 € (classe A3) brut annuel
- Groupe B : 25 400 € (classe B1) à 26 600 € (classe B2)
- Groupe C : 28 300 € (classe C1) à 30 500 € (classe C3)
- Groupe D : 32 100 € (classe D1) à 33 700 € (classe D2)
- Groupe E : 34 900 € (classe E)
- Groupe F : 38 600 € à 43 500 € (classes F1 à F3) avec grille progressive pour les débutants sur 6 premières années (+5 % à +8 % selon ancienneté diplôme)
- Groupe G : 48 200 € à 52 600 €
- Groupe H : 57 400 € à 62 300 €
- Groupe I : 68 000 €
Important : pour les classes A1 et A2, le SMH 2026 (21 700 € et 22 500 €) reste inférieur au SMIC annuel brut 2026 (21 876,36 € pour un temps plein). Dans ce cas, c'est le SMIC qui s'applique comme plancher légal.
Majorations pour forfaits : les SMH sont majorés de +15 % pour les salariés en forfait heures dépassant de 10 % maximum la durée légale, et de +30 % pour les forfaits heures dépassant de 10 à 20 % ou les forfaits jours (article 139 CCN).
Salaires territoriaux : bien que la grille soit nationale, des accords territoriaux peuvent fixer des minima supérieurs. Les valeurs de point pour le calcul de la prime d'ancienneté restent négociées localement (exemples 2026 : Seine-et-Marne 5,29 €, Le Havre 6,07 €, Charente 5,83 €).
Révision annuelle : les SMH sont négociés chaque année au niveau national, généralement au premier trimestre. L'avenant du 20 février 2026 a maintenu les montants 2024 faute d'accord (proposition UIMM +0,9 % rejetée).
Sources de cette section (3)
- Salaire minimum brut annuel métallurgie 2026 : 21 700 € (classe A1), mais SMIC annuel 2026 à 21 876,36 € s'applique — Avenant 20 février 2026 - salaire-minimum.com
- Grille SMH 2026 inchangée par rapport à 2024, échec négociation salariale (UIMM +0,9 % rejeté par 5 syndicats) — Expert-zoom / bulletin-paie.com
- Majorations SMH : +15 % ou +30 % selon type de forfait (heures/jours) — Article 139 CCN métallurgie
5. Reclassement salariés : guide pratique et mesures transitoires
Le passage à la nouvelle classification nécessite un travail minutieux de reclassement de l'ensemble des effectifs. Voici les étapes opérationnelles.
Phase préparatoire (2023) :
- Information-consultation du CSE sur les modalités de mise en œuvre de la classification (entreprises ≥50 salariés). Dans les entreprises de 11 à 49 salariés, le CSE présente les réclamations individuelles ou collectives.
- Information des salariés sur la future méthode de classement (communication collective, supports paritaires)
- Cartographie des emplois : identifier tous les postes existants dans l'entreprise
- Formation interne : appropriation de la méthode de cotation par les RH et managers
Mise en œuvre (fin 2023-début 2024) :
- Rédiger une fiche descriptive pour chaque emploi-repère (format standardisé)
- Coter chaque emploi selon les 6 critères classants
- Déterminer le groupe et la classe résultant de la cotation
- Mesurer l'impact : augmentations salariales nécessaires, changements de statut éventuels, impact masse salariale
- Notifier individuellement par écrit chaque salarié de son nouveau classement (impératif avant 31 janvier 2024)
Garanties pour les salariés :
- Garantie conventionnelle individuelle de rémunération (GCIR) : aucun salarié ne peut voir sa rémunération diminuer du fait du passage à la nouvelle classification. Si le nouveau SMH est inférieur au salaire actuel, ce dernier est maintenu.
- Prime d'ancienneté : les salariés bénéficiant d'une prime d'ancienneté au titre des anciennes conventions au 31 décembre 2023 la conservent à titre individuel. En revanche, les salariés embauchés à partir du 1er janvier 2024 ne bénéficient plus de prime d'ancienneté automatique (sauf accords territoriaux ou d'entreprise).
- Maintien statut cadre : article 68 de la CCN garantit le maintien des dispositions cadres pour les salariés déjà classés cadres au 31/12/2023 tant qu'ils occupent le même emploi.
Recours en cas de désaccord :
- Demande d'entretien de reclassification auprès de l'employeur (délai 1 mois)
- Saisine de la commission paritaire de branche en cas de désaccord persistant
- Recours au Conseil de prud'hommes en dernier ressort
DSN et bulletin de paie : depuis janvier 2024, le groupe et la classe doivent figurer obligatoirement sur le bulletin. Les codes PCS-ESE (catégorie socio-professionnelle) ont été adaptés. La disparition des anciennes filières (CSP) impose une mise à jour du registre du personnel.
Sources de cette section (3)
- Notification écrite obligatoire à chaque salarié avant le 31 janvier 2024, délai de contestation de 1 mois — Article 63 CCN / UIMM octobre 2023
- Garantie conventionnelle individuelle : maintien de la rémunération acquise, aucune baisse de salaire possible — Mesures transitoires CCN métallurgie
- Prime d'ancienneté maintenue à titre individuel pour les salariés présents au 31/12/2023, supprimée pour les nouvelles embauches sauf accords locaux — Article 142 CCN / bulletin-paie.com
6. Outils paie et logiciels compatibles CCN 3248
La mise en conformité paie nécessite des paramétrages techniques précis. Les éditeurs de logiciels de paie ont développé des modules spécifiques IDCC 3248.
Éléments à paramétrer :
- Code IDCC : passage au code unique 3248 (abandon des anciens codes territoriaux)
- Groupe et classe d'emploi : zones obligatoires sur le bulletin de paie
- Grille SMH : intégration des 18 salaires minima hiérarchiques avec contrôle automatique du respect du plancher conventionnel
- Prime d'ancienneté : calcul différencié selon date d'embauche (maintien individuel vs. nouveaux entrants) et valeur de point territoriale
- Prévoyance métallurgie : cotisations spécifiques cadres (1,50 % tranche 1 à la charge employeur exclusivement pour décès) et non-cadres (garanties minimales incapacité/invalidité)
- Maintien de salaire maladie : application du régime conventionnel (90 % pendant 30 jours puis 66,66 % pendant 30 jours après 1 an d'ancienneté, durées croissantes selon ancienneté)
- Codes PCS-ESE : nouvelles nomenclatures socio-professionnelles pour la DSN
Principaux éditeurs compatibles (liste non exhaustive) :
- Logiciels paie intégrant la CCN 3248 : ADP, Silae, Sage Paie, Cegid, Quadratus, PayFit, Nibelis
- Modules spécialisés : bulletin-paie.com (générateur avec calcul automatique SMH et cotisations conventionnelles), fiche-paie.fr
Ressources UIMM : l'Union met à disposition sur son portail [uimm.lafabriquedelavenir.fr](https://uimm.lafabriquedelavenir.fr/textes-conventionnels-metallurgie/) :
- Texte consolidé de la CCN au 20 février 2026
- Outils paritaires : référentiel d'analyse, grille de classement, glossaire
- Guides pratiques : fiches de poste, modèles de notification, études d'impact
- Plateforme de formation : ateliers classification, accompagnement individuel
Site officiel classification : [classification-metallurgie.fr](https://classification-metallurgie.fr/) propose un outil interactif de cotation des emplois et la grille SMH actualisée.
Fichier de paramétrage DSN : disponible sur net-entreprises.fr depuis janvier 2026, il détaille les rubriques S21.G00.40 (groupe/classe) et les codes prévoyance métallurgie.
Vérification de conformité : les entreprises doivent effectuer un contrôle annuel du respect des SMH lors de chaque revalorisation (comparaison salaire de base annuel vs. SMH de la classe, hors prime d'ancienneté qui est toujours exclue de cette comparaison).
Sources de cette section (3)
- Groupe et classe d'emploi obligatoires sur bulletin de paie depuis janvier 2024, codes DSN actualisés sur net-entreprises.fr — UIMM - Impact CCN sur bulletin de paie, octobre 2023
- Site officiel classification-metallurgie.fr : outil de cotation interactif et grille SMH actualisée — Portail paritaire métallurgie
- Cotisation prévoyance cadres : 1,50 % tranche 1 (PMSS 4 005 € en 2026) à charge exclusive employeur — Article 7 CCN 14 mars 1947 / bulletin-paie.com
Comparaison ancien système / nouveau système CCN 3248
| Critère | Avant 2024 (76 CCN territoriales) | Depuis 2024 (CCN unique IDCC 3248) |
|---|---|---|
| Nombre de conventions | 76 territoriales + CCN cadres + sidérurgie | 1 seule CCN nationale |
| Méthode de classification | Variable selon territoire, basée sur diplôme/ancienneté | Cotation emploi par 6 critères objectifs |
| Grille salariale | Minima territoriaux hétérogènes | 18 SMH nationaux (21 700 € à 68 000 €) |
| Statut cadre/non-cadre | Frontières rigides | 8 groupes A-I, porosité accrue |
| Prime d'ancienneté | Généralisée selon accords locaux | Maintenue à titre individuel (présents 31/12/2023), supprimée nouveaux entrants sauf accords |
| Bulletin de paie | Coefficient territorial variable | Groupe + classe obligatoires depuis 01/2024 |
| Protection sociale | 76 régimes différents | Socle minimal national obligatoire depuis 01/2023 |
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En résumé
La réforme IDCC 3248 constitue la refonte la plus ambitieuse du droit conventionnel dans la métallurgie depuis 50 ans. Les DRH et dirigeants de PME industrielles doivent désormais maîtriser la méthode de cotation des emplois, veiller à la conformité des bulletins de paie (groupe/classe obligatoires) et anticiper les négociations salariales annuelles sur les SMH. Les mesures transitoires pour les entreprises de moins de 150 salariés offrent un délai jusqu'en 2030, mais la classification s'applique sans exception depuis janvier 2024. Les outils numériques (classification-metallurgie.fr, modules paie certifiés) facilitent la mise en conformité. La vigilance porte désormais sur les recours individuels de salariés contestant leur classement et sur l'adaptation des process RH (fiches de poste, entretiens annuels, parcours professionnels) à cette nouvelle logique d'évaluation des emplois.
Questions fréquentes
Quelles entreprises sont concernées par la CCN métallurgie IDCC 3248 ?▾
Comment contester son classement dans la nouvelle grille métallurgie ?▾
Les salariés embauchés après le 1er janvier 2024 ont-ils droit à la prime d'ancienneté ?▾
Quels sont les délais de report pour les PME de moins de 150 salariés ?▾
Où trouver la grille SMH 2026 actualisée et les valeurs de point territoriales ?▾
Quels logiciels de paie intègrent nativement la convention métallurgie IDCC 3248 ?▾
Sources externes citées
- Legifrance — Convention collective nationale métallurgie 7 février 2022 (IDCC 3248) ↗
- Code du travail numérique — Métallurgie IDCC 3248, entrée en vigueur 01/01/2024 ↗
- UIMM — Textes conventionnels et avenants consolidés au 20 février 2026 ↗
- Classification métallurgie — Outil paritaire de cotation et grille SMH ↗
- Salaire-minimum.com — Barème salaires métallurgie 2026 (avenant 20/02/2026) ↗
- Bulletin-paie.com — Guide paie métallurgie 2026 (classification, prévoyance) ↗
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